"Retour à Legian [la plage "australienne" de Bali où nous avions fait nos premiers pas indonésiens].
Et que faisons nous de nos derniers jours sans Elsa et Pascal, repartis sur Paris ?
Flores nous tente sacrément mais Elsa et moi jouons les timorées ; nous refusons de mettre tous nos oeufs (les 5 enfants) dans le même panier (compagnie aérienne sur liste noire). Nous resterons donc sur Bali.
A l'arrache, on trouve un bungalow pour 3... qui va nous abriter tous les 9 sans souçi pendant 3 nuits. Les chambres individuelles, l'isolement, le silence, ce sont vraiment des trucs d'Européens. Nous, on aime dormir en famille. Elle est silencieuse, la famille, comparée aux poules, aux coqs, à la mer, à la jungle et aux hommes levés dès l'aube (5h30).
Rouleaux de folie et ligne de flotaison de pêcheurs derrière... seuls les mats effleurent derrière l'écume... des jours (Eliott lit Boris Vian en ce moment). Belle lumière rasante sur l'écume des vagues, impressionnantes. Et c'est là dedans que vont aller se jetter les garçons. Puisque nous sommes à l'étape surf.
Tom évite une balle de golf de justesse et en tire aussitôt une maxime philosophique qu'il pourra utiliser tous les jours: "C'est parce que j'ai fait le con que j'ai eu la vie sauve ; j'ai pris du retard sur le parcours et la balle m'a devancé ; bilan : toujours faire le con". Tout le monde retient parfaitement cette leçon de sagesse.
Grand moment pour les garçons : surf sur vague indonésienne ! Et grosse tension pour Jules, les yeux rivés sur la retombée des vagues (elle devra s'offrir deux heures de massage à la fin du voyage pour rentrer détendue de vacances). Très dur, très physique, et très jubilatoire. Les garçons sont exténués et ravis. Impressionnés même.
La veille : repas de gala pour l'anniversaire de Lukas, avec un mois d'avance, certes, mais c'est le seul moyen de le faire entre oncle, tatas et cousins cousines.
C'est direct sur la plage, avec une farandole de thons, de snappers et de gambas, le tout mariné et grillé au barbecue. Vraiment gouteux et copieux. C'était d'ailleurs la commande très précise de Bob et Cécile. Pour plaire à Lulu et pour qu'il oublie son festin quotidien, mais ici impossible, de spaghettis carbonara.
Le lendemain : seconde et dernière virée à scooter (c'était presque promis), pour visite de temple et autres plages.
Surfers pro vus d'un promontoire [en fait, ce sont des épreuves du championnat du monde de surf ; les indonésiens sont très fiers qu'elles se déroulent chez eux ; le lieu est tenu secret et placé sous haute surveillance]. Assez exceptionnel et de très grande beauté.
Singe qui pique la casquette de Lukas et qui ne condescend à se la laisser reprendre qu'en échange de deux bons paquets de concombre et autres friandises. Un seul, il rejette à terre, à notre grande stupéfaction ; ça ne lui suffit pas. Et quand Boris s'approche pour profiter de son hésitation et de ses mains encombrées, il remonte d'une bonne branche la casquette de Lulu... Hors de portée. Nous sommes bluffés.
Retour de nuit sur les mobs, tout ce qu'on s'était juré de ne pas faire. En plus on s'est perdu, et bien perdu. Combien de fois j'ai chanté "Ah si papa y savait ça, tralala".
Retour le jour suivant sur Légian et éparpillement des troupes. On n'a pas envie de faire les mêmes trucs.
RDV plus tard sur la plage 66. Nous revenons chargés de tissus, de cadeaux, de déguisements... des sacs partout.
Consommation effrénée de fin de voyage ! Tout le monde est heureux de sa journée, les vagues sont belles et on est tous ensemble. Le soleil se couche comme promis sur la plage dans un festival de matchs de foot indonésiens.
Et nous allons festoyer une dernière fois tous ensemble, en famille; c'est le dernier soir avec Bob et Cécile.
Lendemain déchirant ; pour détendre les adieux, Bob arrive rasé (ce qui est déjà un choc), et moustaché. Les filles trouvent ça très bien, les soeurs y voient un petit côté hitlérien incontestable mais aussi Daniélien, ce qui rabiboche tout le monde, sauf Cécile.
A la fin du petit déj, il est déjà rasé !
Et ils s'envolent pour les îles Sulawesi.
Quant à nous, nous refilons tous au market. Denpasar n'est pas Kuta, ni Legian. Pas de touristes et vrais prix (qu'on croit...). A une 1/2 h de la côte marchandisée à fond. Le pied ! On négocie dur pour rapporter ombrelles à trois étages, rubans de cérémonie, sarongs pour tous (il nous en faut trente), écharpes de soie, et quelques boudhas choisis vite fait (bouhouhou). Même pas le temps d'acheter des fruits. Et on a explosé notre butin en roupiahs. Je m'exerce à tirer des millions au distributeur... Un jeu d'enfant...
Nous nous rejoignons dans les vagues de Kuta. Les plages sont très sympas. Les Blancs sont mélangés aux Indonésiens dans l'eau. Et les vagues défient toute raison occidentale, a fortiori méditerranéenne. La "promenade des Anglais" est une ligne de démarcation que Thaïs perçoit très bien. A notre gauche, les touristes, gras, riches, embiérrés du matin au soir, porte monnaie sur patte. A notre droite, la mer, et les Indonésiens. A gauche, ils trônent, et sirotent non stop, parqués sur leurs terrasses en surplomb ; côté mer, ça trime et ça tente de fourguer encore un ultime objet du désir aux Occidentaux (avec les filles et moi, ça marche très bien). Le sourire est la richesse ultime... on ne leur arrive pas à la cheville. Et encore, on est une famille de souriants ! Tout le monde est zen, même les Occidentaux ; beaucoup d'enfants et de grands parents.
Dernières négociations de plage : coquillages, cerf-volants, kris... Au soleil couchant, nous envahissons un truc à ordinateur et téléphone pour souhaiter bon anniversaire à Daniel. Nous tenons absolument tous à lui parler... Il est sur la plage lui aussi, il sort du bain ! Tout guilleret à l'autre bout du monde. Quant à nous, nous ne passons pas inaperçu avec notre chanson envoyée à tue tête dans le combiné et le cybercafé.
Puis c'est le dernier diner, "cowboy" (les gosses ont carte blanche, pour une fois) : ce sera donc pizza, pizza, et pizza, et un groupe, qui chante bien d'ailleurs. Pendant ce temps Jules se fait masser des pieds à la tête... the last soin... et revient juste à temps pour régler l'addition : même en rassemblant toutes nos économies (y compris ce que la petite souris indonésienne a rapporté à Thaïs pour sa dent perdue au Bromo), je n'arrive pas à réunir la somme avec les enfants pour notre diner ; et la serveuse devient nerveuse... On a tout claqué; il est temps de rentrer. Tout le monde au lit. Je vais acheter un dernier briquet à tête de chien, et m'attaque aux bagages... Tout le monde dort, y compris le gardien de nuit. Départ à l'aube. Thaïs se lève d'un bond, toute guillerette : contente de rentrer ! Elle a trop jeuné durant ce voyage !"