"Je suis la riche Potosí, le trésor du monde, la reine des montagnes et la convoitise des rois"

Exagéré ?
Pas tant que ça si on sait que le Cerro Rico, la "montagne riche" qui domine la ville de sa couleur rouge, a alimenté l'Europe en argent pendant des décennies, que les historiens s'accordent sur le fait que Potosí et son exceptionnel apport de richesses vers l'Europe ont contribué à permettre la naissance du capitalisme dans le vieux continent, qu'au XVIIème siècle Potosi comptait plus d'habitants que Paris ou Londres, qu'elle a drainé de nombreux artistes en en faisant une des villes les plus riches architecturalement et culturellement de l'Amérique du Sud.
L'Espagne vivait à crédit dans l'attente des navires chargés d'argent qui traversaient l'Atlantique. La monnaie à destination de l'Europe était directement frappée à Potosi dans la Casa de la Moneda, que nous avons visitée.
Et pendant que l'Europe s'enrichissait, on estime à 8 millions le nombre d'indigènes et d'esclaves africains qui sont morts dans les mines ! La population actuelle de la Bolivie !!
Le recours aux esclaves d'Afrique est en effet intervenu parceque l'exploitation des mines par les seuls indigènes n'était pas assez rapide au goût des espagnols. C'est le fameux commerce triangulaire qu'on apprenait à l'école. On a du mal à imaginer le choc pour les populations déplacées des côtes de l'Afrique de l'ouest vers les mines boliviennes situées à 4.000 m d'altitude.
Aujourd'hui, le filon de l'argent s'est épuisé depuis longtemps mais quelques milliers de mineurs poursuivent l'exploitation de la mine pour y extraire de l'étain, du zinc et des résidus d'argent, dans des conditions de travail d'une particulière dureté.


Les mineurs s'organisent en coopératives privées depuis que l'Etat, qui avait nationalisé les mines, s'est désengagé de l'exploitation.
L'inhalation des produits nocifs, l'absence de mesures de sécurité, font que l'espérance de vie des mineurs ne dépasse pas 45 ans.
Pour tenir, les mineurs, comme déjà leurs prédecesseurs à l'époque des colonies, entrent sous terre avec des feuilles de coca qu'ils machent et forment une boule qu'ils se collent dans une joue (effet coupe-faim et stiumulant nerveux), de l'alcool et des cigarettes.
Tout s'achète sur le marché des mineurs, même la dynamite !
Nous avons hésité à aller visiter les mines par peur du voyeurisme. Finalement, un ancien mineur nous y a conduit. Willy a travaillé dans les mines de 12 à 18 ans. A son retour du service militaire, son père était mort d'un accident dans les mines ce qui l'a décidé à ne plus redescendre pour y travailler mais pour témoigner de ce qui s'y passe. On ne regrette pas. On ne peut pas imaginer les conditions de travail de ces mineurs sans descendre là où ils vont...
Sous la Terre se trouve le diable. C'est donc à lui, "El Tio", que les mineurs font des offrandes afin d'obtenir sa protection et, leur pòrtant chance, leur permettre de tomber sur un bon filon.
Nous rentrons dans les boyaux horizontaux pendant quelques centaines de mètres avant de descendre plusieurs niveaux à la rencontre de mineurs qui construisent une nouvelle galerie, à l'aide de la dynamite.

Stalagtytes de cuivre oxydé
Les galeries sont étayées tant bien que mal et l'eau suinte en permanence. Les évacuations de minerais se font à l'aide de treuils manuels et tout est évacué vers l'extérieur par des wagonnets tirés et poussés par 3 hommes. L'air est suffocant, rempli de fines poussières toxiques. On passe sans transition d'une chaleur oppressante au très froid. Plus on avance plus l'air se raréfie, malgré un système d'arrivée d'air présent dans certaines galeries.

Test de dynamite