samedi 6 septembre 2008

Bombay !

Notre vol Bangkok - Mumbai ne décolle pas ; petit souci technique qui nous laisse 3 heures cloués au sol. Nous ne sommes plus très frais quand nous arrivons à Mumbai vers 23 h 30.

Recherche de distributeur de Rupees pour payer le taxi, mais l'aéroport est en plein travaux donc pas d'argent. Petits problèmes avec le garde de sécurité quand Boris veut "rerentrer" dans l'aéroport où l'attend Cécile avec les bagages. Il avait pourtant signalé sa sortie au garde, sans problème, mais là le fonctionnaire de faction reprend de sa superbe. Il consacre au moins 10 minutes à examiner chaque page de son passeport, en essayant de lui refourguer son propre taxi. Ne pas s'énerver et montrer que la perte de temps n'a aucune prise sur nous tout en souriant poliment. Welcome to India !

Au cours de toutes nos discussions avec les routards rencontrés aux 4 coins du monde sur nos expériences passées et à venir, le verdict sur l'Inde est sans appel : on adore ou on déteste ; on ne reste jamais indifférent. Ou alors un sentiment mitigé car on est tellement troublé qu'il s'agit d'une expérience qui prime sur le voyage en tant que tel. Dans tous les cas, on nous met en garde : la misère, les maladies, les conditions sanitaires, la corruption, le vol, la promiscuité ; personne ne semble en sortir indemne. Et nous on ne sait plus trop sur quelle planète on va débarquer pour les deux derniers mois de notre voyage !


On s'engouffre dans un vieux taxi tout branlant, noir et jaune, qui semble tout droit sorti des années 50, customisé à souhait avec des stickers et des "piments" porte-bonheur qui pendouillent à l'avant ou à l'arrière de la carrosserie, si caractéristique de Bombay et... sans amortisseurs !


Bombay by night défile sous nos yeux. A cette heure-ci, 1 heure seulement nous sépare du centre de Mumbai, cette grande ville de 17 millions d'habitants qui selon les prévisions deviendra en 2015 (c'est demain !), la deuxième mégalopole du monde.

La circulation est encore dense malgré l'heure. Elle est toujours régulée par la règle du "grand n'importe quoi" (les premiers souvenirs de Boris lors de son périple au Rajasthan, en famille, il y a plus de 20 ans, ressurgissent !). Le plus efficace semble être de klaxonner, partout, tout le temps, pour tracer sa route.

Il fait très chaud et par les fenêtres grandes ouvertes, des effluves d'égouts nouent notre estomac. Impression désordonnée de moiteur, de larges avenues bordées d'immeubles dont certains ont pu être beaux, totalement délabrés, insalubres, laissés à l'abandon, de petits habitats de tôle, de cartons et de tissus en bas des immeubles, sur les trottoirs, où dorment des centaines de personnes. Sur des nattes, sous des camions ou à même le sol. Partout. Pas d'injustice dans la rue, il y a de la place pour tout le monde ; les enfants, les vieillards, des familles entières... Welcome to India !

Nous réveillons le gars dans l'entre-porte de l'hôtel que nous avions, pour une fois, pris le soin de réserver, qui nous apprend que notre résa a sauté et qu'il est complet. Après discussion, il nous emmène dans une "annexe" à un bloc de là. Hôtel en construction ou en démolition, on ne sait plus trop, chambre cradingue, prix prohibitif ; il est 2 heures du mat', pas le choix, on prend.
Quelques minutes après, des trombes d'eau s'abbattent sur la ville pour nous rappeler qu'on est encore en période de mousson. On est à l'abri. On a eu de la chance. Welcome to India !

Le lendemain, on part illico prospecter une nouvelle chambre. Rien de concluant jusqu'à ce dans une petite guesthouse un peu sinistre, le patron, affable, essaye de nous retenir en nous demandant si on serait intéressés pour faire de la figuration à Bollywood. Ils cherchent des blancs. Ca nous amuse. Il appelle un type qui fait du "casting de blancs" sur Colaba, notre quartier, et nous voilà engagés pour notre premier job en tant qu'acteurs ! A nous Bollywood ! On est hystériques en se demandant quand même si on n'est pas en train de s'aventurer dans une grosse arnaque ! Mais on a déjà entendu parler du système, on signe pour le lendemain ! On pourra enfin dire qu'on a travaillé sur notre TDM ! ;-)


Finalement on trouve une chambre pas trop chère, assez charmante, spacieuse, plutôt propre, claire... bref on ne rêvait pas mieux.


"The Gate of India", construite tout spécialement pour accueillir le Prince de Galles en visite dans la colonie britannique.
On passe d'ailleurs par le musée "Prince of Whales", hyper intéressant. Bonne introduction au monde indien.

Le Taj Mahal, pas celui d'Agra, mais l'hôtel de luxe du groupe Tata (lui, on en reparlera).






Et toujours cette pluie de mousson que seules les vaches qu'on croise de-ci de là sur les boulevards de la ville semblent ignorer...












On arrive à Bombay en plein dans les célébrations hyper populaires de Ganesh, le dieu à tête d'éléphant.
Fête pendant 10 jours avec processions de Ganesh qu'on va jetter le soir dans le fleuve, la mer... dans l'eau. On comprend que c'est censé protéger la famille pour l'année à venir. Des guirlandes de lumières partout, de la musique à fond et des sortes de stands / temples avec un "Ganesh idole" au fond qui est visité par les gens dans la journée.
Ambiance assez euphorique ; tout le monde danse et s'asperge d'une poudre rose, sorte de cotillon dont ne sait pas très bien ce qu'il est supposé représenter... Le rose bébé de Ganesh ?
Des gens nous invitent à danser avec eux et à nous joindre à la procession.






En fin de cortège, la statue du Ganesh, sur une voiture, une calèche, un camion, ou portée à bras et déambulant sous les cris et la musique :











Statue qui est ensuite noyée, là devant la "Gate of India" :













Comment Ganesh est devenu ce qu'il est :
Shiva (de la triade Brahma - Vishnou - Shiva, les trois représentations majeures du dieu hindou) et sa femme Parvati ont un fils, qu'ils nomment Ganesh. Shiva part en voyage, longtemps, très longtemps, suffisamment longtemps pour qu'à son retour Ganesh ait grandi et soit devenu un homme que Shiva est tout étonné de voir dans les bras de sa femme. Fou de rage, il lui coupe la tête avant de se rendre compte de sa méprise. Il tente de réparer son erreur en attribuant à Ganesh la tête du premier être vivant qui viendrait à croiser son chemin. Et il tombe sur un éléphant !! Pas de bol... mais ceci dit, ça aurait pu être pire !
Autre variante de l'histoire qu'on a entendue : Shiva part toujours en voyage, trop longtemps au gout de Parvati, qui se sent délaissée et vulnérable. Pour se protéger, elle crée un être en soufflant dans la terre, Ganesh, qu'elle appelle son fils. Shiva rentre de voyage, tombe sur Ganesh qu'il ne connait pas et qui lui barre l'accès aux appartements de sa femme, il est furax, etc etc...


Le jour où nous sommes devenus acteurs :
Le lendemain, on se retrouve à une dizaine de blancs, transportés au petit matin en voiture avec chauffeur vers la mecque du cinéma indien : les studios de Bollywood, plus grande production cinématographique du monde !

Traversée de toute la ville. Partout, installations de fortune et bidonvilles (qui constitue le lieu de vie de près de la moitié des habitants de Bombay) se mêlent au paysage urbain.


Une fois entré dans Bollywood, passée la grille principale des studios, on s'arrête dans un terrain où des colonnes greco-romaines en carton-pâte se dressent au milieu de nulle part et des caméras de tournage. Le temps est incertain.










Beaucoup de stress, de cris. Finalement, on se retrouve dans les caravanes-loges costumés en paysans grecs de l'Antiquité. Gros débats de certains sur le point de savoir s'il faut vraiment se débarasser des piercings. Il paraitrait que ça ne fait pas trop d'époque. Pour les tongs en revanche, pas de problème, ça fait bien grec semble-t-il !


"Vous mé rrréconnaissez ?"


Bon, on nous avait vendu le truc comme de la figuration où on était censé jouer des grecs faisant du shopping dans un mall center tout ce qu'il y a de plus moderne, et on se retrouve propulsés dans une sorte de peplum, "commercial" pour une marque de cosmétique, à jouer les paysans grecs de l'Antiquité.
Ca nous éclate !



Après avoir refait 10 fois la même scène en plein soleil, Boris pète les plombs et improvise : "Massacre à la serpette" !





On est perdu... c'est "La petite maison dans la prairie" ou quoi ?

Les spéculations vont bon train, on ne voit trop le rapport entre la crème et les Grecs, ni le fil conducteur du film. D'après ce qu'on comprend, le jeune premier, sorte de demi-dieu body-buildé qui descend de son Panthéon fall in love at first sight avec une paysanne super jolie qui coupe les blés dans les champs. Leur amour est impossible mais grâce à la crème en question, l'idylle a une fin heureuse !!





"Silence ! Bougie-globe, première !"


Le retour dans note quartier, vers 18 h, dure plus de 2 heures ! La circulation est bloquée par les multiples processions de Ganesh.

Le soir, on se retrouve entre acteurs au Café Léopold, institution de Colaba, pour fêter notre premier tournage et cramer notre premier cachet. C'est dur la vie d'artiste !!





Les jours suivants, on ne se lasse pas de se perdre dans les rues où à chaque pas notre regard est accroché par quelque chose.









Transport de gamelles pour des histoires de caste ; n'importe quelle caste ne peut pas cuisiner ou laver la vaisselle d'une autre caste, et ça conduit à des déplacements invraisemblables de gamelles vers l'heure du déjeuner.






Crawford bazaar :






















Dans les petites ruelles, des monceaux de fleurs découpées ou assemblées pour les offrandes.





Porteur d'eau : un métier pas si rare que ça dans une ville où beaucoup de quartiers n'ont pas accès à l'eau courante.








Visite du petit musée consacré à la vie de Gandhi, dans la maison où il séjournait à Bombay. Super intéressant.
Une photo de deux icones de la "résistance passive" : Gandhi et Chaplin, dont Boris aime bien le regard et le ton.



Salaam Bombay !